LE « HARICOT »

Coleman Hawkins, grandissime ténor, était surnommé « the Bean », le Haricot.

Etait-ce à cause de sa position ramassée sur lui-même quand il jouait ?

Redécouvrez à travers cette vidéo ce grand saxophoniste tenor de jazz, l’un des solistes majeurs du middle jazz, en compagnie de Charlie Parker.

NEW YORK, LA VAMP

Mon arrivée à New-York m’a fait l’effet d’un uppercut, sans gong pour reprendre mon souffle.

New York n’est pas cette femme bien en chair dressée sur Liberty Island habillée d’une robe de pierre trop chaste, fruit d’un sculpteur français touché par la grâce. New York est une vamp, une star caractérielle vous fouettant le sang. Egocentrique, jalouse, cruelle, orgueilleuse, outrageusement maquillée par la multitude de signaux clignotants publicitaires de Broadway à Time Square, aux pupilles de tigresse reflet des squelettes métalliques bronze de quartiers invraisemblables sur fond de briques rouges et de ciment noirci, aux cinq ponts d’acier suspendus, griffes acérées suturant la chair de Manhattan de peur que les plaies béantes de son génie ne se déchirent irréversiblement. Une perverse dont le talent est celui de l’instantané, où le pire côtoie le sublime, le paria l’homme de Wall Street. Dont l’Hudson et l’East river constitueraient la traîne d’une mariée oscillant entre le vaporeux les jours d’été, l’opalescence l’automne et le blanc immaculé les jours d’hivers. Une volage sniffant le flux épais d’une suractivité permanente et recrachant une énergie vitale porteuse d’espoirs et ayant plus d’une fois croqué la pomme.

Mais « Big Apple » ne tire pas son origine de là, de sa forme vue d’avion, ou d’une interférence de Steve Jobs mais bien d’une légende née dans les clubs de jazz où des fonds de bourbon m’attendent : les musiciens de passage étaient tellement intimidés qu’ils avaient une « grosse pomme » dans la gorge les empêchant de souffler avec plénitude.

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LA CRISE PEUT-ELLE INSUFFLER DE NOUVEAUX ELANS CREATIFS ?

A titre d’exemple, le jazz n’est qu’une histoire de racisme. Celui des plantations et des producteurs juifs.

A l’aube du siècle précédent, les minorités noires et juives se côtoyaient à Chicago. Les Juifs fuyaient les Pogroms d’Europe Centrale. Les Noirs, les lynchages du Sud. Ces derniers avaient juste assez pour louer des taudis dans le South Side, puis débordèrent sur les quartiers Nord et Sud du ghetto, côtoyant une population juive déjà bien implantée.

Plus instruits, et face au refus d’embauche des grandes multinationales, autant par protectionnisme qu’antisémitisme – Henri Ford en tête -, les Juifs s’engouffrèrent dans l’industrie naissante du rêve, où pas un banquier n’aurait misé un nickel : le disque et le cinéma. William Fox, les frères Warner, Samuel Goldwin… Tous anciens poissonniers, fourreurs… Une solidarité avait du reste réuni les grands cinéastes qui fuyaient le régime nazi, Fritz Lang, Charlie Chaplin et Marlène Dietrich en tête.

Si les Juifs migrèrent professionnellement, ils gardèrent leurs actifs. Les Noirs faisaient ainsi leurs emplettes dans les boutiques juives et ne les considéraient pas comme des Blancs. Le leitmotiv : « Vous aussi, vous étiez des esclaves avant nous ». Ces boutiquiers étaient aux premières loges pour capter les nouvelles vibrations de l’après guerre de ces musiciens noirs faisant la manche. « Le street wise », ou “street smart”. Les Juifs devinrent naturellement leurs producteurs. A titre d’exemple, le label Blue Note – propriété d’Alfred Lions et Francis Wolff- deux Juifs allemands émigrés, offrit sa chance à de nombreux jeunes musiciens de jazz noirs. Si je parodiais, le blues serait né de la fusion Black and Jews.

J’imagine que nous ne tarderons pas à assister à la naissance de nouvelles tendances créatives, picturales, musicales, suite au brassage des migrations massives de victimes de cracks boursiers de toutes races et religions, incapables de s’acquitter des crédits et qui s’entassent dans de nouveaux ghettos.

HERBIE HANCOOL

Herbie Hancock a joué avec de nombreux grands jazzmen dans les années 1960 et a rejoint le Miles Davis quintet, avec lequel il a redéfini le rôle de la section rythmique. Il a également été un des premiers à utiliser les synthétiseurs et le scratch. Malgré ses expérimentations, la musique d’Herbie Hancock est restée mélodique et accessible, rencontrant parfois des succès commerciaux importants, avec en particulier les morceaux Cantaloupe Island, Watermelon Man, Chameleon et Rock it. Bertand Tavernier me racontait qu’il était très cool et zen. Rien ne le démontait.

SUGAR MAN

Ce n’est pas le nom d’un boxeur, mais le titre d’un long métrage récemment primé aux oscars. A voir absolument!

L’histoire d’un musicien contemporain de Bob Dylan , meilleur que lui selon moi, mais dont la carrière n’a jamais décollé, et qui devient une idole à son insu en Afrique du Sud et en Australie. Alors que tout le monde le croyait mort (immolé sur scène racontait la légende), un sud africain part à sa recherche et, finalement, fini par le retrouver. Je ne vous raconte pas la fin, mais sachez que c’est un pur moment de bonheur !

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A COTE DE SES POMPES !

Je tiens cette histoire de Lucas Floréal, excellent sax ténor du groupe de Doc Amiel (le pape de l’orchestre !). Charlie Parker (camé ? fatigué ?) était tellement naze qu’il s’endort en plein concert de son groupe sous la scène. Son inconscient-en roue libre- lui signale tout a coup que c’est à lui de jouer. Il grimpe prestement, rejoint son groupe et joue… en chaussettes ! (Il avait oublié de mettre ses pompes.)

L’AUTOMNE AU PRINTEMPS

Miles a traversé le temps.

A 19ans, il joue avec Charlie Parker. En 59, il produit le mythique «Kind of Blue» en compagnie de John Coltrane et Cannonball Adderley.

Festival de notes bleues et jamais de notes noires. Puis il se met au «funk/rock». Il devient acariâtre, tourne le dos à son public, écourte ses concerts; laissant ce pauvre Marcus Miller se débrouiller tout seul. Mais il a traversé le temps.

Et il continue…

Découvrez cet enregistrement rare de Miles Davis & Cannonball Adderley pour accompagner la fin de l’automne :

HOLIDAY « INN »

LESTER YOUNG -The saxophoniste- tombe sous le charme de BILLIE HOLIDAY. Il la protège comme un véritable gentleman. Il la surnomme « Lady » et ajoute « Day » pour Holiday. Elle le trouve tellement charmant et attentionné qu’elle cherche à son tour un surnom. Elle pense alors au plus grand homme du moment, Franklin D Roosevelt. Lester deviendra « Prez ».

Retrouvez dans cette vidéo pleine d’authenticité, datant de 1957, le duo à l’œuvre.

A DEUX DOIGTS PRES !

En 1928 un incendie se déclare dans la roulotte où le Django Reinhardt vit en compagnie de sa première femme, Bella Baumgartner. Les fleurs en celluloid — matière très inflammable — que celle-ci vend s’enflamment au contact d’une bougie renversée, détruisant la caravane et blessant assez gravement ses deux occupants. Django surtout est sérieusement atteint à la jambe droite et à la main gauche. Celle-ci cicatrisant très difficilement, il reste près de 18 mois à l’hôpital, où les médecins prédisent qu’il ne pourra plus jamais rejouer de musique. On doit finalement brûler sa main au nitrate d’argent pour provoquer la cicatrisation. Django a perdu l’usage de deux doigts, mais s’obstine néanmoins, et après 6 mois de travail sans relâche il développe une technique nouvelle sur la guitare que son frère Joseph lui a apportée en guise d’outil de rééducation. Elle fera le tour du monde et l’admiration de tous.

THELONIUS PREND LE POULS DE NEW YORK

Je tiens cette histoire de Wayne Douckery (qui joua avec Joe Henderson entre autres).
Thelonious Monk sortait dans NY, se positionnait à des croisements et écoutait les sons engendrés par le trafic. Il rentrait alors chez lui pour composer en fonction de ce qu’il avait perçu.